Dans mon cabinet, je reçois régulièrement des personnes qui me demandent : « Élodie, le chamanisme, c’est quoi au juste ? » La question est légitime, tant le mot est utilisé — parfois à contresens — dans les milieux du bien-être. Après dix ans d’accompagnement en développement de l’intuition et d’exploration des traditions ancestrales, je constate qu’une définition claire évite bien des malentendus. Cet article pose les bases : ce que le chamanisme est, d’où il vient, comment il se situe par rapport aux autres approches spirituelles et à qui il s’adresse aujourd’hui. Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, la formation en chamanisme niveau avancé proposée par GIWT offre un cadre structuré d’apprentissage.
Qu’est-ce que le chamanisme, en quelques mots ?
Le chamanisme désigne un ensemble de pratiques ancestrales où un praticien formé entre en état modifié de conscience pour interagir avec les forces invisibles.
Dans ma pratique, je définis le chamanisme comme un savoir-faire — pas une croyance. Le chaman est un intermédiaire spécialisé, formé par une initiation longue, qui accède volontairement à un état modifié de conscience pour dialoguer avec ce que les traditions appellent le monde non ordinaire : esprits de la nature, ancêtres, guides animaux.
Le mot « chaman » vient du toungouze šaman, langue parlée par les peuples éveniks de Sibérie orientale. Il signifie littéralement « celui qui sait » ou « celui qui voit ». Ce terme a été popularisé en Occident au XVIIe siècle par les voyageurs russes, puis conceptualisé par Mircea Eliade dans son ouvrage fondateur Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase (1951), première définition académique comparative du phénomène.
Contrairement à ce que l’on entend parfois, le chamanisme n’est pas une religion. Il n’a ni livre saint, ni clergé hiérarchisé, ni dogme universel. C’est une pratique transmise oralement, ancrée dans un territoire et une lignée. L’outil central est la transe : elle s’obtient selon les traditions par le tambour (battu à 4-7 pulsations par seconde), le chant, la danse prolongée, le jeûne ou l’ingestion de plantes sacrées comme l’ayahuasca chez les Shipibo-Conibo ou le peyotl chez les Huicholes.
Une distinction utile avec mes client·es : le chaman n’est pas un « voyant » au sens médiumnique ordinaire. Il utilise un protocole précis, dans un cadre rituel, avec une intention claire de service à la communauté.
Quelles sont les origines du chamanisme et sa cosmologie ?
Le chamanisme remonte à au moins 30 000 ans et repose sur une cosmologie à trois mondes reliés par un axe central.
Les premières traces archéologiques associées à des pratiques chamaniques remontent au Paléolithique supérieur, il y a 30 000 à 40 000 ans. Les peintures rupestres de Lascaux (France), de Chauvet (Ardèche) ou d’Altamira (Espagne) montrent des figures thérianthropes — mi-humaines, mi-animales — que de nombreux préhistoriens, dont Jean Clottes et David Lewis-Williams, interprètent comme des représentations d’expériences chamaniques. Des sépultures avec objets rituels (bois de cerf, cristaux, tambours) confirment l’ancienneté de ces pratiques.
La cosmologie chamanique classique, présente sous des variantes sur tous les continents, organise la réalité en trois niveaux : le monde inférieur (ancêtres, esprits animaux, racines), le monde du milieu (réalité ordinaire, esprits de la nature) et le monde supérieur (guides, enseignants, ancêtres évolués). Ces trois niveaux sont reliés par un Axe du Monde — Axis Mundi — représenté selon les cultures comme un arbre cosmique (Yggdrasil chez les Scandinaves), une montagne sacrée ou un pilier central.
Chaque tradition géographique développe sa propre cartographie. Les Yakoutes de Sibérie, les Lakotas des grandes plaines nord-américaines, les Shipibo-Conibo d’Amazonie péruvienne ou les Sami de Laponie partagent la structure tripartite mais la peuplent d’entités différentes selon leur écosystème et leur histoire. C’est ce que Mircea Eliade a appelé « l’unité dans la diversité » du chamanisme.
Point important pour mes stagiaires : les esprits auxiliaires — animaux de pouvoir, guides — ne sont pas des divinités. Ce sont des alliés que le chaman rencontre et acquiert au fil de son initiation, dans une relation de réciprocité.
Comment le chamanisme se situe-t-il parmi les autres traditions spirituelles et thérapeutiques ?
Le chamanisme précède les religions organisées : il est empirique, non dogmatique, et fondé sur la relation directe au monde invisible.
Situer le chamanisme parmi les autres approches spirituelles aide à en saisir la singularité. Face aux religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam), la différence est structurelle : pas de texte révélé, pas de clergé institutionnel, pas de dogme universel. Chaque tradition chamanique est locale, transmise oralement, et évolue avec le territoire qui la porte.
Face au New Age, le contraste est également net. Le chamanisme traditionnel s’inscrit dans une cosmologie précise, une lignée initiatique et un cadre rituel exigeant. Le syncrétisme libre du New Age, qui pioche dans plusieurs traditions sans respecter leurs protocoles, en est très éloigné. Cette confusion nourrit d’ailleurs les débats actuels sur l’appropriation culturelle.
Avec les pratiques énergétiques contemporaines — Reiki, travail avec les chakras, soins énergétiques holistiques —, les points de convergence existent : notion de corps subtil, d’énergie vitale, de guérison par l’intention. Mais les cadres conceptuels diffèrent. Le Reiki s’organise autour de symboles et d’une lignée japonaise codifiée ; le chamanisme, autour d’une cartographie cosmologique et d’alliances avec les esprits.
Le néo-chamanisme, formalisé dans les années 1980 par l’anthropologue américain Michael Harner (fondateur de la Foundation for Shamanic Studies) puis développé par Sandra Ingerman, a extrait des éléments universels — voyage chamanique au tambour, récupération d’âme, rencontre avec l’animal de pouvoir — pour les rendre accessibles hors de leur contexte autochtone. C’est ce cadre contemporain, respectueux des sources, que j’enseigne dans mes cercles et que l’on retrouve dans le parcours complet de chamanisme proposé par GIWT.
Positionnement légal : en France, le chamanisme n’est pas une médecine reconnue. Il se pratique comme accompagnement spirituel complémentaire, jamais en substitution d’un suivi médical.
À qui s’adresse le chamanisme aujourd’hui ?
Le chamanisme s’adresse à toute personne en quête de sens, de reconnexion à la nature ou d’exploration intérieure, sans prérequis religieux.
Après dix ans de pratique, je constate que les personnes qui viennent vers le chamanisme se répartissent en trois profils principaux. Le premier : des personnes en transition de vie — deuil, rupture, reconversion professionnelle, maladie chronique — qui cherchent un cadre de sens que la psychothérapie classique ne leur offre pas seule. Le deuxième : des praticiens du bien-être (sophrologues, énergéticiens, thérapeutes) qui souhaitent enrichir leur boîte à outils par des pratiques de reconnexion à la nature. Le troisième : des curieux attirés par les états modifiés de conscience et les spiritualités non conventionnelles.
Aucun prérequis religieux ou culturel n’est demandé dans les formes contemporaines de chamanisme. On peut être athée, catholique, bouddhiste ou agnostique et pratiquer un voyage chamanique au tambour. Ce qui compte, c’est la disponibilité intérieure et le respect du cadre.
Je tiens à mentionner des contre-indications claires. Les états modifiés de conscience sollicitent le psychisme en profondeur. Les personnes présentant des troubles psychotiques, une dissociation sévère, ou en phase aiguë de dépression majeure doivent impérativement être accompagnées par un professionnel de santé mentale avant d’envisager ces pratiques. Idem pour les personnes sous certains traitements psychotropes.
Enfin, le chamanisme avancé — celui qui prépare à accompagner d’autres personnes — demande un engagement long. C’est précisément l’objet des formations structurées comme celles qui permettent de se former au chamanisme dans un cadre certifiant, avec supervision, éthique de pratique et cadre déontologique.
« Ce qui m’a le plus frappée en dix ans de pratique, c’est que le chamanisme ne demande pas de croire — il demande d’expérimenter. C’est une pédagogie de l’expérience directe, pas un système de croyance. »
— Élodie Faivre, Praticienne en développement de l'intuition & spiritualité
Le chamanisme n’est ni une mode ni une curiosité exotique : c’est l’une des plus anciennes réponses humaines à la question du sens, de la relation au vivant et du soin de l’âme. Le définir avec précision — pratique et non religion, cosmologie tripartite, initiation exigeante — permet d’aborder ce champ sans confusion ni naïveté. Dans ma pratique quotidienne, je vois combien cette clarté conceptuelle protège autant qu’elle ouvre. Reste une question que je vous invite à porter : parmi les trois mondes de la cosmologie chamanique, lequel appelle en priorité votre écoute intérieure aujourd’hui ? Pour approfondir, la formation en chamanisme niveau avancé offre un cadre pour poursuivre.
Questions fréquentes
Le chamanisme est-il une religion ?
Non. Le chamanisme est un ensemble de pratiques et de cosmologies, non un système religieux codifié. Il n'impose ni dogme, ni livre saint, ni clergé hiérarchisé. C'est un savoir-faire transmis oralement par initiation, ancré dans un territoire et une lignée. On peut le pratiquer en conservant sa propre appartenance religieuse ou philosophique.
Quelle est la différence entre un chaman et un guérisseur ?
Le chaman est un intermédiaire entre les mondes visible et invisible, formé par une initiation longue impliquant la rencontre avec des esprits alliés. Tout chaman peut avoir une fonction de guérison, mais tout guérisseur n'est pas chaman. Un magnétiseur ou un rebouteux, par exemple, travaille sur le corps sans nécessairement voyager dans les mondes non ordinaires.
Le chamanisme est-il dangereux ?
Pratiqué dans un cadre sérieux et encadré, le chamanisme classique — voyage au tambour, méditation guidée — présente peu de risques. Les dangers surviennent avec des pratiques non encadrées impliquant des plantes psychoactives (ayahuasca, iboga) sans médecin traditionnel, ou chez des personnes présentant des fragilités psychiatriques non prises en charge.
Peut-on pratiquer le chamanisme sans appartenir à une culture autochtone ?
Oui, via le néo-chamanisme occidental structuré depuis les années 1980 par Michael Harner et Sandra Ingerman. Ce cadre adapte des techniques universelles (voyage au tambour, animal de pouvoir) tout en respectant les sources. La question de l'appropriation culturelle reste débattue : le respect des traditions d'origine et l'absence d'usurpation de titres autochtones sont essentiels.
Qu'est-ce qu'un voyage chamanique ?
C'est une technique d'exploration intérieure guidée par le son du tambour battu à 4-7 pulsations par seconde. Ce rythme induit un état modifié de conscience léger qui permet d'accéder aux mondes non ordinaires pour rencontrer des esprits alliés, recevoir des informations symboliques ou effectuer un soin. La pratique dure généralement 15 à 30 minutes.
Quels sont les esprits animaux dans le chamanisme ?
Les esprits animaux, souvent appelés animaux de pouvoir dans le néo-chamanisme, sont des alliés spirituels rencontrés lors des voyages. Ils offrent protection, guidance et enseignements. Chaque tradition les nomme différemment : totems chez certains peuples nord-américains, nagual en Amérique centrale. Ce ne sont pas des animaux ordinaires mais des présences archétypales.
Le chamanisme est-il présent en Europe ?
Oui. Des formes de chamanisme ont existé en Europe du Nord — tradition sami en Laponie, völva et seiðr dans le monde nordique ancien, druidisme celte. Ces pratiques ont été largement réprimées à partir de la christianisation. Elles renaissent aujourd'hui sous forme néo-chamanique dans de nombreux pays européens, y compris en France.
Sources et références
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